Expo Wave : la disparition des « frontières », utopie ou vision d’avenir ?

Mardi dernier, nous étions à l’inauguration presse de l’exposition Wave : quand l’ingéniosité collective change le monde, que nous vous avions présentée en juin dernier. L’événement organisé par la BNP Paribas a pris place à La Villette le 10 septembre dans un pavillon spécialement aménagé pour l’occasion et fermera ses portes le 5 octobre 2014.

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Si les différents acteurs impliqués ont présenté la révolution qui se présente dans notre société, matérialisée par différents mouvements d’ingéniosité collective (économie inclusive, co-crétion, mouvement des makers, économie du partage et économie circulaire), Navi Radjou, commissaire de l’exposition a fait ressortir un point clé : la tendance actuelle est à la disparition des frontières !

Géographiquement, les pays du « nord » ne sont plus les seuls moteurs

« L’imagination et l’innovation se font dans les pays émergents », la phrase est de Navi Radjou. L’idée qui se cache derrière cela s’est matérialisée par les nombreuses photos d’initiatives entrevues aux quatre coins du monde.

Prenons l’exemple du système de paiement par mobile qui a été développé au Kenya : M-Pesa. 80% de la population n’a pas accès à l’électricité alors que 90% des habitants possèdent un téléphone mobile. Pour faciliter les transactions, l’application mobile s’est donc imposée comme une évidence. Le système a permis de faciliter la vie à beaucoup de monde. Citons le révérend Sammy Wainaina, de Nairobi au Kenya, qui a décidé d’utiliser le moyen de paiement M-Pesa pour faire la quête dans son église (la « All Saints Church » qui est l’une des plus anciennes églises anglicanes de la ville). Une façon de faire qui pourrait presque choquer si c’était le cas dans notre société occidentale, tant nous sommes habitués à nos systèmes de monnaie (billets et pièces) et paiement par carte.

Il est clair que l’ingéniosité et la créativité se font plus importantes quand le besoin se fait très présent. Des conditions que l’on retrouve dans des pays du « sud », avides de combler l’écart qui les sépare des pays les plus développés. Pour que tout le monde puisse profiter de tous ces cerveaux en ébullition, Navi Radjou suggère que « nous devons passer d’un monde polycentrique à un monde intégré de cocréation ».

M-Pesa 3collaboractifs

Le monde de l’entreprise tend vers des chaînes de valeur hybrides

Autre idée qui est de plus en plus développée au sein des entreprises : la cocréation. Bien sur créer le besoin fait partie du quotidien de notre économie, mais qui est mieux placé que le consommateur lui-même pour définir son besoin ? C’est la plateforme américaine Quirky, que nous vous avions déjà présenté qui est le plus avancé dans le domaine : chacun de nous peut y déposer son idée qui est ensuite améliorée par les autres internautes. Plusieurs entreprises se sont déjà associées à Quirky comme Auchan en Europe et General Electric aux Etats-Unis afin de développer des produits plus adaptés au quotidien de leurs clients.

Ainsi les créateurs ne sont plus forcément les ingénieurs, même si ceux-ci conservent toute leur importance dans la conception finale. Ainsi « la liberté doit être prise, chacun doit faire sa part pour que l’épanouissement personnel devienne une plus-value pour notre société et pour les entreprises » souligne Navi Radjou, afin de « bâtir à terme des chaînes de valeur hybrides ».

L’âge et les origines sociales ne sont plus des entraves

La dernière idée qui a fuitée concerne nos préjugés et nos catégorisations sociales : « les enfants vont à l’école pour être les cerveaux de demain ! », « Mon dieu mais que va-t-on faire des handicapés qui ne pourront s’incérer dans le système !? ». Et si justement la jeunesse et le handicap n’étaient pas des faiblesses mais une force, beaucoup plus vivace que celles des cerveaux éduqués et donc « bornés » dans cette culture. Pablo Picasso disait lui-même qu’il avait passé sa vie à essayer de dessiner comme un enfant. Je pense que l’ingéniosité ne coupe pas à cette phrase, même si contrairement à la peinture elle aura besoin du cadre pour s’épanouir.

Deux exemples illustrent parfaitement l’idée. D’abord Jack Andraka, américain de 15 ans. Son fait d’arme ? Après avoir été très marqué par le décès de son oncle d’un cancer du pancréas, il effectue des recherches autour de la thématique et met au point une méthode de détection de la maladie. 5 minutes de test pour un coût de 5 centimes. S’il n’a pas inventé la façon de guérir ce cancer, Jack a tout de même développé une méthode plus fiable, plus rapide et moins coûteuse que toutes celles qui existaient jusqu’ici.

Jack Andraka 3collaboractifs

A plusieurs dizaines de milliers de kilomètres de Jack Andraka, au Danemark, l’entreprise Specialisterne (qui est présente dans 7 pays de la planète) recrute des personnes frappées d’autisme et particulièrement du syndrome d’Asperger pour proposer des services de tests de logiciels, contrôle qualité, traitement informatique et vérification de données. Pourquoi me direz-vous ? Tout simplement parce que ces personnes développent des facultés d’attention au détail, de forte inclination pour les chiffres, et de concentration aux tâches répétitives bien plus élevées que d’autres personnes. Elles sont les meilleures dans ce domaine.

 

Vous l’aurez compris, qu’elles soient délimitées géographiquement, juridiquement par nos fonctions ou par les préjugés (âge, origine sociale et handicap), les frontières peuvent tendre à s’effacer.

Dans notre monde sans certitudes (qui en fait son réel intérêt) c’est l’envie de faire évoluer les choses qui fera de nous des êtres performants pour la société et pour le collectif. Comme le disait Gandhi : Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde.

« Les réseaux sociaux font tomber les barrières nord/sud », nous disait également Navi Radjou mardi 9 septembre, « les dernières barrières sont mentales », alors sachons nous remettre en question rapidement pour construire le monde de demain TOUS ENSEMBLE.

Plus d’information sur le site de l’exposition : www.wave-innovation.com

Fabien Clouet   /   @FabienClouet

La conférence #Confalittle : Vers une économie plus humaine ?

Conférence Vers une économie plus humaine

Le sujet de cette conférence, organisée par A little Market, était de comprendre le rôle d’internet dans les nouveaux modes d’échanges et de partages entre individus.

La conférence débutait par la présentation des chiffres de l’étude menée par l’IFOP sur l’économie collaborative. Laurence PARISOT (vice présidente de l’IFOP) revenait sur les chiffres marquants de cette étude et nous expliquait pourquoi l’économie collaborative pouvait devenir la première entreprise de France.

D’après l’étude, 25% des Français ont déjà entendu parler d’économie collaborative. Nous pourrions croire que la plupart des répondants ayant répondu « oui » étaient des jeunes geeks or 30% sont des séniors.
Des autres statistiques démontrant l’importance du mouvement en France, 77% des français ont déjà acheté ou loué des biens à des particuliers et 70% des français ont vendu ou loué des biens à des particuliers. Pour les services, ils sont 23% à avoir fait appel à un particulier tandis que 15% ont déjà rendu un service à un particulier. Les Français sont à 63% contre l’idée que ce mode économique s’essouffle lors de la fin de la crise. L’économie collaborative bénéficie d’une image positive car 68% des Français pensent qu’elle incarne un visage humain et 44% sont persuadés que cette économie peut créer des emplois.

Ensuite, Cécile DESAUNAY (Chargée de veille et d’études à Futuribles) revenait sur le sentiment des consommateurs vis à vis des marques et du e-commerce. Les consommateurs sont lassés car il n’y a plus de produits qui répondent à leurs attentes. 10%, seulement, affirment avoir du plaisir à acheter des produits alors que 90% pensent qu’une marque vend des produits qui vont tomber en panne rapidement. Aujourd’hui, le comportement et les attentes des consommateurs changent, pour preuve 50% se questionnent desormais sur l’origine des produits. C. DESAUNAY est ensuite revenue sur la confiance des Français vis-à-vis des petites et grandes entreprises, 30% déclarent faire confiance aux grandes entreprises contre 80% pour les petites. Elle analyse qu’Internet peut être local et que les consommateurs privilégient les échanges entre particuliers et qu’il est primordial pour les marques d’utiliser les nouvelles technologies pour les améliorer.

Puis, Stéphane VROMMAN (Co-fondateur de Bulb in Town) revenait sur le crowdfunding et l’activité de son entreprise. Lors de sa présentation, S. VROMMAN parlait de la nécessité d’engager ses clients. Pour cela, la reconnaissance, le sentiment d’exclusivité ainsi que le pouvoir étaient nettement plus important pour eux que les prix réduits. En effet, ces trois facteurs permettent de créer une relation forte et de fidélité entre une marque et ses clients alors que la baisse des prix encourage un client à venir une seule fois mais sans lui donner envie de revenir et de faire la promotion de la marque. L’intervenant recommande donc aux marques de s’adapter aux nouveaux usages, de proposer une nouvelle expérience aux clients et d’innover pour surprendre le client.

L’avant dernière intervenante était Flore BERLINGEN (Co-fondatrice de Ouishare) qui revenait sur l’état du mouvement de l’économie collaborative en France et sur les différents secteurs touchés par cette économie.

Puis, elle présentait les quatre piliers afin de créer une véritable communauté pour les différents acteurs du monde collaboratif. La première est la confiance des utilisateurs entre eux et envers la plateforme. Pour augmenter, elle préconisait les commentaires entre utilisateurs ainsi que la vérification des éléments personnels par la plateforme. Le deuxième pilier est d’avoir des valeurs et de les affirmer auprès de sa communauté. Nous retrouvons régulièrement ces deux éléments dans les plateformes d’économie collaborative. L’animation de la plateforme est un point important pour la création d’une communauté. Pour cela, la plateforme peut utiliser des évènements privés, des trophées et des portraits d’utilisateurs. Enfin, l’ergonomie d’une plateforme est, peut-être, le ciment de la communauté car si l’ergonomie n’est pas parfaite, les utilisateurs seront lassés par la navigation. Les plateformes d’aujourd’hui ne sont pas encore au maximum sur ces deux derniers piliers pour créer un véritable sentiment de communauté.

Enfin, Eric CASSAGNE (Directeur de la marque Auchan) évoquait l’entrée d’Auchan dans l’économie collaborative. Auchan vient de passer un partenariat avec Quirky pour lancer un mouvement créative attitude. Tout le monde pouvait proposer un projet de nouveau produit sur la plateforme. Aujourd’hui il y a plus de 300 propositions par mois qui précèdent une sélection des meilleurs produits. E.CASSAGNE nous a même fait une petite confidence sur le premier produit qui sortira dans ses magasins en Alsace, d’où est originaire l’inventeur, dans quinze jours. L’intervenant nous expliquait les motivations d’Auchan d’être rentré dans l’économie collaborative avec Quirky. Cette plateforme permet à la marque d’être proche et à l’écoute de ses clients. Enfin, cette plateforme permet à Auchan d’avoir des produits que les concurrents ne possèdent pas dans leurs magasins.

La #confalittle a donc été très instructive et nous a permis de rencontrer et d’entendre des acteurs de l’économie collaborative. Nous espérons pouvoir encore participer à de nombreux évènements de ce type dans le futur.

Le crowdsourcing made in Quirky

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L’économie collaborative se développe principalement autour du concept de consommation collaborative, réponse qualitative aux velléités de chacun de faire des économies et de consommer de façon responsable. Mais comme nous vous l’avions déjà présenté, d’autres opportunités existent ! La marque Quirky l’a bien compris et l’exploite parfaitement.

Le consommateur inventeur

Eric Cassagne, directeur de la marque Auchan, le soulignait mardi 8 avril lors de la conférence « A little market » : les bonnes idées ne sortent pas forcément des conseils d’administration ou autres réunions de dirigeants.

Effectivement, les bonnes idées pour l’utilisation d’un produit, ce sont aussi les utilisateurs qui les ont ! Lancée en 2009 par l’américain Ben Kaufman, la plateforme Quirky offre aux consommateurs la possibilité de proposer un produit innovant. Les inventeurs soumettent ainsi leur idée sur le site web, en contrepartie de quoi ils doivent s’acquitter de la somme de 10$ (aux USA). Plusieurs catégories d’objets permettent de classer les idées proposées : électronique, santé & fitness, maison & jardin, cuisine, éducatif, jeux, voyages et aventure, divers.

Ensuite ce sont les membres de la plateforme qui votent pour leurs produits préférés. Mais le système ne s’arrête pas au simple fait de choisir, puisque les utilisateurs du site peuvent également participer au développement du produit en intervenant sur le design, l’amélioration technique, le style, le nom, le slogan et même l’estimation du prix de vente.

C’est ce partage de connaissances et d’informations dans le but de produire ensemble que l’on nomme production contributive ou crowdsourcing.

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Créer pour mieux acheter

Le reste du processus est simple, les ingénieurs de Quirky sélectionnent chaque semaine des produits qui pourront être développés et commercialisés. Ils poussent ensuite le processus en usine afin de le tester réellement, évaluent les possibilités de diffusions et les retombées.

Ainsi plusieurs produits Quirky ont déjà vu le jour : le tire-bouchon-verseur, la passoire-bol ou encore le tableau de bord nimbus en font partie. Mais la plus célèbre réussite de Quirky reste à ce jour le pivot-power, multiprise flexible et adaptable à tous les coins de la maison, vendue à 600 000 exemplaires et conçue par plus de 700 personnes.

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Et les concepteurs dans tout ça ? Que gagnent-ils ? En fonction des résultats, Quirky va jusqu’à reverser 30% des bénéfices générés aux inventeurs et améliorateurs du produit !

Encore peu développée en France, la marque Quirky devrait toutefois gagner en notoriété. La signature d’un partenariat avec Auchan en décembre 2012, a permis la conception de produits en mode crowdsourcing, qui seront officiellement lancés la semaine prochaine.

Restez à l’affût, le prochain inventeur, c’est peut-être vous !!

https://fr.quirky.com/invent

Fabien Clouet