Grenoble, première ville mondiale sans pub : un changement d’ère en vue ?

JC Decaux 3collaboractifs

La nouvelle est tombée il y a une quinzaine de jours environ, le maire écologiste de Grenoble Eric Piolle et le conseil municipal ont voté une mesure qui fait date dans l’histoire de la ville : le non-renouvellement du contrat avec le publicitaire JC Decaux.

Conséquence de cette décision, c’est surtout le choix assumé de retirer toute publicité de l’espace public grenoblois. Imaginez une ville dans laquelle vous vous promenez sans la moindre publicité… Surréaliste pour notre société qui baigne dans la pub que nous absorbons à en devenir obèse ! Je dis donc bien « imaginez », car cela n’arrivera pas complètement, et heureusement, puisque les vitrines des magasins continueront à constituer une publicité visuelle bien apparente.

Mais derrière cette annonce qui fait beaucoup de bruit, j’hésite encore à orienter mon choix entre décision totalement aberrante ou totalement visionnaire. Et si la polémique a grandi en local, c’est bien qu’elle traduit des évolutions qui se font sentir dans la société.

Supprimer la pub : un manque à gagner pour l’économie

C’est donc 326 panneaux publicitaires qui vont disparaitre dans Grenoble, en attendant les publicités des abribus qui devraient suivre l’année suivante.

La stratégie est justifiée par le maire sur le principe du parc de panneaux d’affichages obsolètes, datant des années 1960, et amenés à être remplacés à moyen terme par des écrans animés.

« Le modèle de la publicité statique est arrivé à son terme avec le développement d’Internet et là il fallait se tourner vers des écrans, et ce n’est pas propice pour une ville apaisée« .

L’espace public libéré sera remplacé par des arbres ou des panneaux d’affichage plus discrets destinés à l’actualité de la vie de quartier, des associations ou de la culture. L’objectif est de développer un affichage plus utile à la vie citoyenne.

Si la motivation paraît louable, c’est du côté financier que les dents grincent. En dix années, Grenoble a réalisé 6 millions d’euros de recettes, et la moitié de l’affichage était réservé à la ville comme l’impose la loi. Dans d’autres villes comme Paris, la pub des abribus permet de financer des investissements urbains comme les vélib’. Alors forcément, quand la ville de Grenoble, endettée de 30 millions d’euros se retrouve sous le feu des critiques en prenant une mesure contraire à la prospérité économique et publicitaire de la ville, ça ne fait pas que des heureux !

Mais pas de panique, le conseil municipal a anticipé, la ville touchant chaque année une recette grâce à l’installation de ces panneaux enregistrera un manque à gagner de 150 000 € qu’elle comblera avec la baisse des indemnités des élus récemment votée.

Utopie ou vision d’avenir ?

Il y a beaucoup d’éléments qui rentrent en conflit dans cette histoire qui déchaîne les passions, et le moins que l’on puisse dire c’est que les arguments sont recevables de tous partis.

Sur le terrain du déjà vu, la ville de Sao Paulo au Brésil avait interdit la publicité sur panneaux d’affichage en 2008 avant de revenir sur cette décision 5 années plus tard.

Les plus partisans, comme le publicitaire Jacques Séguéla qui s’était exprimé sur le sujet ne manquent pas de réprimander le conseil municipal grenoblois

« Si la publicité ne servait à rien, ça se saurait ! Il y a longtemps qu’on l’aurait supprimée. (…) L’affiche, c’est le dernier mètre avant l’achat. C’est un des premiers stimulateurs de l’économie urbaine. Supprimer l’affichage, c’est vouloir assassiner le petit commerce en ville »,

Un autre avis que j’ai lu sur un autre article ne manquait pas de préciser que le consommateur finance la publicité avec les achats qu’il effectue derrière, le publicitaire se transformant ainsi en collecteur d’impôts (TVA) pour l’Etat en plus de payer la location des panneaux implantés.

Vous l’aurez compris, sortir des sentiers battus, c’est s’ouvrir à la critique du plus grand nombre, et économiquement parlant elles se font toutes à raison. Mais si l’on se permet de prendre un peu de recul par rapport à la ville de Grenoble et même à notre situation mondiale, on est à même de se poser la question : quel monde voulons-nous pour demain ?

La télévision puis la démocratisation du web et la multiplication des terminaux de lecture (PC, tablettes, smartphones) sont autant de technologies qui nous conduisent à consommer de plus en plus de publicité. Je pense d’ailleurs que le véritable espace public de consommation tend à devenir le web plus que la rue, à la différence près que le web, n’est lui, justement pas public et appartient aux entreprises. Alors oui nous consommons et consommerons encore, mais veut-on à l’avenir être en permanence soumis aux messages publicitaires, c’est plutôt là la vraie question que pose la Mairie de Grenoble. Car il est facile de se laisser porter par le modèle de société libérale que nous construisons, apparemment moins d’en sortir.

Avec les tendances actuelles d’économie collaborative qui émergent et la consommation grandissante de matières premières que nous faisons, il est clair que la dématérialisation des supports est incontournable. Et comme la Mairie de Grenoble n’est pas désireuse d’investir dans du neuf, elle prend son destin en main avec un changement de stratégie qui mérite au moins d’être essayé !

Rendez-vous dans quelques années pour une exportation du concept ou un Sao Paulo bis !

Fabien Clouet   /   @FabienClouet

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