Ello, un réseau social viable ?

2344278-ello-un-concurrent-de-choc-pour-facebook

Ello, le nouveau réseau social qui se décrit comme l’anti-facebook est un nouveau réseau social pour lequel la toile s’enflamme. Ce réseau social promet qu’il ne récolte pas les données de ses usagers et ne leur impose aucune publicité. Avec les déboires juridiques et les critiques de Facebook ou encore de Google à ce sujet avec la création d’un droit à l’oubli, des politiques qui désirent que Google rende public son algorithme ou encore des groupes de particuliers qui portent plainte contre le géant des réseaux sociaux. Ce mode de fonctionnement est très hédoniste et en vogue mais il est normal de s’interroger sur la façon dont ses fondateurs pourront développer une économie via ce projet ?

Un réseau social design encore trop minimaliste

Ce réseau social a été imaginé par sept artistes et programmeurs qui imaginent une autre voie pour un réseau social et ses utilisateurs. Comme sur Facebook et Twitter, on crée sa page profil, on s’abonne à des comptes, on navigue sur un fil d’actualité, on commente. Ello présente un point très positif qui est de filtré son fil d’actualité. Dans sa conception, il a été imaginé une double lecture possible : Friends et Noise (bruit). Ce réseau social est présenté comme «Minimaliste » en raison d’un design «épuré» et de sa modernité Les pages ont un vrai look vintage, avec des caractères typés machine à écrire à l’ancienne. Il est aussi parfois caractérisé de réseau social un peu hipster, ce qui peut déconcerter un bon nombre de personnes. Mais un gros point négatif existe dans cette première version, vous ne pourrez pas poster de vidéos. En sachant que ce post explose sur les réseaux, on peut penser qu’Ello va devoir innover sur ce point pour permettre d’en diffuser.

Pour le moment, ce réseau social n’est disponible qu’en version bêta, vous ne pourrez vous inscrire que sur l’invitation de vos amis ou en demandant une invitation sur la page d’accueil. Il y a quelques jours encore, 35.000 personnes par heure auraient tenté d’adhérer à Ello. Même avec sa version bêta, Ello réussi à attirer de nombreux membres, peut être aussi par curiosité. Mais espérons que cette version bêta permette aux fondateurs d’intégrer de nouveaux modules et fonctionnalités qui permettront à chacun de trouver son bonheur sur ce réseau.

Un véritable anti-facebook ?

Ello travaille actuellement pour développer un bouton « love »… On remarque que les créateurs calquent leur développement sur l’image d’un anti-facebook en tentant de développer des similitudes avec le réseau de Mark Zuckerberg. Cette stratégie peut être bénéfique car beaucoup d’internautes regrettent l’augmentation des publicités sur Facebook, de leur suivi sur le web.
Ils cherchent donc à prendre le contre pied sur les géants des réseaux sociaux et leur business models tournés sur la publicité et l’exploitation de données personnelles. Les créateurs ventent le côté propre de leur réseau social mais il ne faut pas rêver, il est évident que celui-ci aussi collecte des informations sur ses membres comme la localisation, la langue utilisée, le temps passé sur le réseau et les partages des utilisateurs, ceci selon eux dans le but d’améliorer les services de la plateforme…. Lors des réglages, vous pouvez choisir de désactiver le suivi de vos données sur Analytics, une très bonne chose pour un grand nombre de personnes. Cependant, le réseau social permet également de pouvoir supprimer notre profil mais mentionne, dans ses conditions d’utilisation, qu’il « se réserve le droit de sauvegarder votre contenu, même après qu’il soit supprimé ou après que vous supprimez votre compte ». La question est pourquoi ? Pourquoi ce réseau social ne dit exploiter les données personnelles seulement pour améliorer leur services aux utilisateurs et que lorsqu’on souhaite quitter Ello, celui-ci se garde le droit d’enregistrer nos données…

D’après le fondateur d’Ello, un réseau social doit être « Une plateforme où les interactions et les relations entre les gens ne sont pas considérées, ni conçues, à des fins mercantiles. » Si il dit vrai, alors aucune information ne sera vendue à des publicitaires sur ce réseau social. Nous pouvons donc nous demander comment les créateurs vont ils parvenir à développer leur business.

Quel développement pour perdurer ?

Au mois de mars, le site a levé 343.000 euros auprès de la société américaine FreshTracks Capital. Il serait donc évident de se demander pourquoi une société de capital risque investirait dans une telle entreprise si celle-ci n’avait pas vocation à développer des bénéfices. En effet, ce genre de société n’a pas pour but d’aider des entrepreneurs à développer leur projet, elle cherche un retour sur investissement et si possible rapidement et fort. Comment Ello pourra répondre aux attentes de ces investisseurs si elle n’est pas capable de développer un business model important et viable ?
Le réseau social répond à cette question par la future création de services premium qui pourrait suffire à conserver un site sans publicité. Cette idée est très bonne si elle réussie mais Facebook et les autres réseaux sociaux ont démarré sans publicité mais on été contraints de développer de la publicité au fur et à mesure de leur développement et surtout de l’arrivée de nouveaux actionnaires.

Sur la question de nouveaux actionnaires, Paul Budnitz, explique que les 343.000 euros ont été investis par des gens qui partagent complètement ses idéaux et ses objectifs. L’ investisseur principal est son voisin d’en face dans le Vermont. Il ne s’agirait pas d’un investisseur qui cherche à gagner des millions à travers Ello, en imposant des méthodes agressives de développement. P. Budnitz ne cesse de répéter que son but et celui de son équipe est d’être fidèle à leurs principes et de construire un environnement cohérent.
Au-delà du développement financier, son créateur a une plus grande ambition avec Ello. En effet, il se bat contre l’idée qu’un réseau social devrait exploiter les données personnelles à des fins commerciales et souhaite avec sa création « changer le monde en s’opposant à cette logique ».

Paul Budnitz : Un patron qui souhaite changer le monde

Paul Budnitz est déjà un homme d’affaire qui possède deux entreprises. La première de vélos haut de gamme et l’autre de jouets qui fabrique des figurines Kidrobot. Selon son site, il serait un homme qui « conçoit et développe des objets qui changent le monde ». On retrouve encore cette idée de vouloir changer le monde, bouger les codes. Lorsque je me suis intéressé à ce nouveau réseau social, j’étais très sceptique quant à la façon dont il se positionnait sur le marché des réseaux sociaux et sur son discours de zéro pub. Connaissant son directeur, je le suis moins car il connaît la gestion d’entreprise et n’est pas seulement un artiste utopiste. Seul la personnalité et les compétences de son PDG me permettre (faiblement tout de même) en un possible développement de ce réseau social et surtout dans le fait de tenir l’engagement zéro publicité. En effet, si un entrepreneur chevronné qui réussi à faire investir une société capital risque tout en affirmant qu’il ne basera jamais son business model sur de la publicité, il y a deux possibilités : soit il souhaite faire le buzz pour attirer beaucoup de monde, soit il est persuadé être capable de créer un nouveau business model dans le monde des réseaux sociaux.

Quelques statistiques sur l’utilisation d’Ello

Ce réseau social qui rencontre un succès médiatique intrigue. Pour le moment, les fondateurs du réseau n’ont communiqué aucune statistique sur l’utilisation de ses membres. Mais RJMetrics a analysé les habitudes d’un panel de 160.000 membres pour connaître l’utilisation faîte de ce nouveau réseau social. De cette analyse, nous pouvons remarquer quelques statistiques intéressantes :

  • 36% des inscrits sur Ello n’ont jamais posté sur le réseau social
  • 27% ont posté plus de 3 publications
  • 6 jours après l’inscription, 80% des membres ne sont plus actifs
  • En moyenne, les utilisateurs actifs ont posté 8,3 publications

Ello connaît un développement correct si on se réfère à celui de ses prédécesseurs comme Twitter qui en 2009, avait également 80% des membres qui n’étaient plus actifs, 6 jours après l’inscription. En 2011, Instagram connaissait même un bien moins succès avec seulement 800 nouveaux utilisateurs chaque heure.

Mais ce constat me laisse perplexe quant à la suite du développement de ce nouveau réseau social. En effet, à ces périodes, les prédécesseurs connaissait un développement similaire voir moins bon mais une fois développé et plus fort, ceux-ci ont cherché à créer des offres pour les publicitaires. Si le fondateur affirme qu’il ne pratiquera jamais la publicité sur les membres pourquoi ne pas le croire ? Même si cela paraît très difficile, attendons de voir si les créateurs seront capables de créer un tout nouveau business model viable pour un réseau social.

Dimitri Marié – @dimitrimarie

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s